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Raisons communes Fernand Dumont 1 Compte rendu par Luc Turgeon | | Fernand Dumont a été l'une des figures dominantes du monde intellectuel québécois de la deuxième moitié du XXe siècle. Sociologue, théologien et poète, il a été préoccupé toute sa vie par le sort de la culture québécoise. Raisons communes réunit des textes traitant de la crise des institutions et du lien social qui sévirait au Québec. Dumont présente son projet comme un « bref essai philosophique », où il s'attache « à ces raisons communes susceptibles d'inspirer le projet d'une société démocratique » (p. 13). | | | L'ouvrage du regretté sociologue de l'Université Laval s'ouvre sur un court texte, Après la Révolution tranquille , dans lequel il fait un bilan critique de ce moment marquant de l'histoire du Québec. Pour Dumont, la Révolution tranquille a constitué rien de moins qu'un renouvellement de notre « poétique collective ». Elle a cependant été rendue possible par un prodigieux travail, suite à la Deuxième Guerre mondiale, d'interprétation et de critique. Or, selon Dumont, le Québec serait aujourd'hui en panne d'interprétation. Ce travail d'interprétation de la réalité collective est cependant essentiel afin de répondre aux problèmes qui ont émergé au cours des 30 dernières années, parfois avec les réformes de la Révolution tranquille. Dumont dénonce ainsi tout au long de l'ouvrage la bureaucratisation des institutions québécoises, le corporatisme des mouvements sociaux et, plus globalement, l'immobilisme de la société québécoise. L'auteur nous incite devant cet immobilisme à réaménager l'espace politique et à mettre en place les conditions d'une culture nouvelle : « Construction d'une Cité politique, édification d'une culture, renouveau d'une démocratie sociale : ces trois tâches se rejoignent dans la même quête de raisons communes » (p. 29). Souverainiste, Dumont considère que le renouveau de la Cité politique passe avant tout par le développement d'une communauté politique, « produit d'une progressive sédimentation des solidarités autour d'un projet » (p. 55). Il rejette par le fait même - ce qui lui a attiré de nombreuses critiques - le projet d'édification d'une nation québécoise proposé par de nombreux intellectuels québécois au cours de la dernière décennie. Dumont est à ce sujet catégorique : « Le Québec n'est pas une nation. On doit récuser un projet de souveraineté qui aurait pour objectif d'identifier nation et État ; il y a ici des anglophones et des autochtones , et la nation francophone ne se limite pas au territoire québécois » (p. 55). Malgré tout, « s'il est exclu que l'on s'engage dans la fondation d'un État national, il est certain que le projet de parfaire par la souveraineté une authentique communauté politique au Québec tient d'abord au sort de la nation française en Amérique et à la constatation que la communauté politique en voie de consolidation au Canada ne garantit pas à cette nation les conditions indispensables à son développement » (p. 64). | | |  | | Le sort de cette nation française en Amérique occupe d'ailleurs une place centrale dans différents chapitres de l'ouvrage. Pour Dumont, il nous faut répondre de la légitimité de notre culture dans l'histoire. Or, l'un des effets pervers de la Révolution tranquille demeure la volonté d'une partie des élites de se débarrasser d'un passé jugé honteux ou encore sans intérêt. Dumont se demande dans ce contexte « comment une capacité de création adviendrait -elle à un peuple s'il est convaincu d'avance que ce qu'il a auparavant accompli est sans valeur. » Faisant allusion au Rapport Durham qui présentait les Canadiens français comme un peuple sans histoire et sans littérature, il affirme « que nous sommes donc redevenus, d'une certaine façon, "un peuple sans histoire" » (p. 104). Pour Dumont, qui appelle à un renouvellement de l'enseignement de l'histoire, posséder une mémoire historique permet « d'être conscient de sa place dans le dévidoir du destin des hommes et de s'y engager en conséquence » (p. 105). Le dernier défi qu'aborde Dumont est celui de la démocratie sociale. Le rêve de planification et de participation associé à la Révolution tranquille aurait cédé la place à l'obsession de la gestion et de la rationalité. L'appel à la rationalité, nous rappelle Dumont, « est un excellent prétexte pour écarter la voix des profanes » (p. 190). Malgré la bureaucratisation qu'aurait engendré le développement de l'État-providence, Dumont rejette l'idée mainte fois avancée par les penseurs néo-libéraux québécois de « liquider la Révolution tranquille. » Il importe plutôt à son avis de revenir « aux justifications des interventions politiques », et de renouer avec la participation politique par la décentralisation, c'est-à-dire en « rapprochant le plus possible les initiatives professionnelles des populations concernées » (p. 198). Dans le dernier chapitre de l'ouvrage, portant sur le rôle de l'intellectuel dans la Cité, de même que dans le post-scriptum, Dumont plaide pour un engagement actif de l'intellectuel et du citoyen dans les affaires de la Cité. Pour Dumont, le défi du Québec actuel est en grande partie de poursuivre le renouveau de la collectivité québécoise amorcé lors des années 1960. Malgré un certain pessimisme, Dumont conclut ce stimulant ouvrage avec un appel à l'action : « Les problème collectifs ne disparaissent pas parce que nous en avons trop parlé ; ils subsistent parce que nous ne les avons pas résolus. Ne point céder à la lassitude et les remettre obstinément sur la place publique semblent les devoirs élémentaires de qui ne renonce pas à la réflexion » (p. 252). | Note(s) de référence : | 1 | DUMONT, Fernand, Raisons communes, Montréal, Boréal, 1995. |
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